Si je me retrouve enchaîné à Guantanamo, je pourrais vivre avec », annonçait Edward Snowden, l’ancien analyste devenu défenseur du droit à la vie privée, au journal The Guardian lors d’une récente interview publiée en partie par le journal ce jeudi (17 juillet 2014).

Alan Rusbridger, le rédacteur en chef du Guardian, et la journaliste Ewen MacAskill ont passé sept heures à Moscou, au début du mois, en entrevue avec Snowden, un ancien analyste de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA) maintenant recherché aux États-Unis pour espionnage. Le journal prévoit de publier la conversation complète à la fin de la semaine.

Avant sa sortie vendredi (18 juillet 2014), le journal a publié des extraits et une vidéo de leur entretien du 10 juillet avec Snowden. Dans celle-ci, l’ancien employé de la NSA est à la veille de sa décision l’année dernière de divulguer des secrets du gouvernement américain aux médias, et préconise en outre aux professionnels du monde entier d’adopter de nouvelles pratiques en matière de sécurité, puisque les gouvernements à travers le monde s’engagent de plus en plus dans la surveillance de leurs propres citoyens. YouTube Preview Image Par ailleurs, Snowden affirme pour la première fois dans sa dernière interview que ses anciens collègues partagent une culture commune qui veut que les espions américains s’échangent « régulièrement » avec d’autres « des photos intimes et de nus » d’individus qui se retrouvent dans des situations « compromettantes sexuellement »  et que le gouvernement n’est pas censé voir. Précédemment, Snowden, qui a maintenant 31 ans, avait été responsable de la fuite de documents classifiés de la NSA. Ces documents ont dévoilé les opérations d’espionnage menées par les États-Unis et leur alliés qui ont ciblé des nations entières, des communautés et des groupes religieux, et parfois même ont accessoirement récolté des détails de la vie privée d’Américains innocents ou d’étrangers dont les communications sont d’ailleurs recueillies en fonction de leurs liens avec des cibles de l’agence. L’an dernier, quand Snowden avait choisi de se présenter comme le responsable des fuites de la NSA qui ont eu un énorme retentissement, il s’était retrouvé à Moscou en juillet, au moment-même où son passeport américain lui avait été retiré par le Département d’État tandis qu’il était en route pour l’Amérique centrale au départ de Hong Kong. Aujourd’hui, près d’un an après que la Fédération de Russie a accordé l’asile à Snowden, la dernière entrevue du « fuiteur » de la NSA donnée au Guardian est l’une des rares discussions de longue haleine qu’il ait eues avec la Presse depuis que ses révélations ont commencé à susciter un débat international sur la surveillance. Snowden avait déclaré aux journalistes : « Je n’ai pas eu aussi peur que je le pensais » de son séjour à Moscou. « Je suis beaucoup plus heureux ici en Russie que je ne le serais confronté à un procès inéquitable dans lequel je ne pourrais pas présenter une défense publique valable devant un jury constitué de mes pairs. Je me sens très chanceux d’avoir obtenu l’asile ». Snowden avait aussi rejeté les allusions qui voudraient qu’il serait de mèche avec Moscou. Il avait rejeté également les ragots selon lesquels il serait un espion russe en affirmant au Guardian que ces allégations étaient « des conneries ». Il avait précisé que « si le gouvernement [américain] avait la moindre indication, le moindre élément de preuve, non seulement que je travaillerais pour le gouvernement russe, mais qu’en outre je me serais associé au gouvernement russe », cela se retrouverait « sur ​​la première page du New York Times à l’heure du déjeuner ». Dans le même temps, Snowden est même allé jusqu’à condamner un récente loi passée au Kremlin, déclarant qu’il « désapprouve la majorité des lois récentes en Russie sur la censure d’Internet et sa surveillance ». Aujourd’hui, plus d’un an après l’incident qui l’a conduit à Moscou, Snowden a déclaré qu’il utilisait désormais son temps libre à concevoir des outils de chiffrement parce que, selon lui, « toute personne qui a l’obligation de protéger la vie privée et les intérêts de ses clients est confronté à un monde nouveau et pleins de défis », ce qui justifie l’élaboration de nouvelles normes et instruments. En particulier, Snowden expliquait que l’avancement des technologies de surveillance avait permis de mettre les journalistes du monde entier sous le feu des attaques des « gouvernements oppresseurs », réticents au partage de leurs secrets. « Un effet secondaire malheureux du développement de toutes ces nouvelles technologies de surveillance est que le travail journalistique est devenu infiniment plus difficile qu’il ne l’a jamais été par le passé », avait-il déclaré au Guardian. « Les journalistes doivent faire particulièrement attention aux mouchards réseaux, aux connexions, aux appareils de lecture de plaques minéralogiques devant lesquels ils passent pour se rendre à un rendez-vous, aux endroits où ils utilisent leurs cartes de crédit, aux endroits où ils passent un appel avec leur téléphone portable, et aux contacts par courrier électronique qu’ils ont avec leurs sources d’information, parce que la toute première fois qu’ils communiquent ensemble, avant même qu’ils ne décident de crypter leurs communications, c’est comme s’ils ne leur cachaient rien ». En appelant à la formation et à de nouvelles normes pour tous les professionnels travaillant sur des sujets sensibles, Snowden a appelé « à faire en sorte que nous disposions des mécanismes nécessaires pour que tout un chacun puisse bénéficier d’un niveau acceptable de confiance envers les compétences de tous ceux qui appartiennent à ces professions ». Plus tôt cette année, au cours d’une conférence au Texas ayant pour thème la technologie, Snowden avait déclaré lors d’un discours prononcé à distance que « nous devons réfléchir aux technologie de cryptage, non comme elles sont considérées aujourd’hui, comme un sujet ésotérique, ou de la magie noire », mais plutôt comme « une protection de base ». « Le gouvernement des États-Unis a constitué une équipe non négligeable d’enquêteurs dédiée à mon cas et à mon travail avec les journalistes, mais ils n’ont encore aucune idée des documents qui ont été fournis aux journalistes, ce qu’ils ont ou ce qu’ils n’ont pas, tout simplement parce que le cryptage, ça marche », soulignait-il. Et bien que Snowden ait insisté sur le fait que les informations personnelles sensibles comme les dossiers de santé et les sources d’information soient protégées, il avait également averti la population que les images partagées par les internautes dont les communications sont recueillies même de manière aléatoire par la NSA pouvaient être reluquées par des analystes de la NSA. Selon Snowden, des photos de nues de personnes innocentes sont partagées entre membres du personnel de la NSA. « Tôt ou tard, toute la vie d’un individu peut être vue par l’ensemble de ces équipes. Personne n’en a jamais parlé. Personne ne sait jamais rien à ce sujet parce que l’automatisation de ces systèmes est incroyablement faible ».Capture2

Snowden a ajouté : « Des enregistrements de vos moments intimes ont été pris à partir de vos communications privées et donnés au gouvernement sans autorisation formelle… c’est en soi une violation de vos droits ».

Il conclut : « Pourquoi cela se trouve-t-il dans une base de données du gouvernement ? ».

Ce vendredi 18 juillet 2014, le Guardian prévoit de publier le reste de son entrevue avec Snowden.

Traduit d’un article du Russia Today par Actarus Casper pour Croah.fr.

Notes de la rédaction de Croah :

Un an aprés, la situation s’est aggravée. On s’attendait à ce que que toutes ces révélations changent la face du monde, mais il n’en est rien.

Cette affaire aura révélé la connivence entre une majorité des gouvernements, ou tout simplement leur soumission aux super-puissances telle que les États-Unis, malgré des révélations qui choquent les peuples visés. On peut également y voir une volonté de pays comme la France d’appliquer ces mêmes pratiques. Tout comme notre toréador, Manuel Carlos Valls, qui tente de faire voter une loi liberticide sur la censure arbitraire des sites Internet.

Notons quand même l’émergence de nouveaux outils tel que Proton Mail, une des premières messageries qui promettent un chiffrement de bout en bout sans prise de tête.

 

 

About Author - maracatu

Pas de commentaire

Sorry comments are closed for this Post.